Quartier Saint-Yon _ 7 décembre 2019


Samedi 7 décembre : Rendez vous à 14 h (sortie complète)
Mardi 17 décembre : rendez-vous à 14 h

Balade culturelle : Visite du quartier Saint-Yon par François Clergeat.

François nous propose une balade à la découverte d’un territoire méconnu, mais riche en histoire : Le quartier Saint-Yon, entre Bonne Nouvelle et Saint Sever.

Nous étions une vingtaine pour cette visite du quartier Saint-Yon : le rendez-vous était donné rue de la Motte (il existait un château de la Motte au XVIIIème siècle, d’où son nom), près du stade Mermoz.

François nous explique que nous débutons notre balade un peu après l’an mil, à l’emplacement de l’ancien prieuré de Notre-Dame du Pré, « dans la convexité du méandre de Rouen » en face de la 2ème cité médiévale du royaume. A cette époque, c’était un lieu de marécages, avant la forêt où le Duc de Normandie venait chasser : « Quevilly » viendrait de queville qui signifierait morceau de bois, palissades de protection contre les animaux sauvages…).

La première implantation est monastique : le Duc de Normandie a donné un terrain aux moines du Bec. La construction du prieuré bénédictin de Notre Dame du Pré a débuté vers 1030. C’est là qu’en 1066 la duchesse Mathilde a appris la victoire de son époux Guillaume le bâtard, qui deviendra le Conquérant sur les anglais à Hastings. Notre-Dame du Pré deviendra Notre-Dame de Bonne Nouvelle. Le nom restera au quartier.

Au moyen-âge, des foires importantes se tenaient à Bonne Nouvelle au moment de l’Ascension. C’était le chapitre du prieuré de Bonne Nouvelle qui choisissait chaque année dans la liste des condamnés celui qui aurait l’honneur de porter la chasse de Saint-Romain pour la procession. Parfois, le prisonnier était exécuté malgré tout !

Nous arrivons à la prison Bonne Nouvelle : Depuis 1836, chaque département doit se doter d’une prison départementale. L’établissement pénitentiaire a été construit en 1860 après 30 ans de tergiversations pour remplacer les vétustes geôles de Bicêtre dans le quartier de Martainville. Les murs de 6 mètres de haut sont majoritairement construits en briques, d’où le surnom de l’établissement pour les Rouennais : « les 100.000 briques ».

La prison répond aux conditions les plus modernes pour l’époque : influencée par les anglais, comme beaucoup d’autres constructions publiques de l’époque dans la région, elle a été construite en demi-cercle avec des rayons partant d’une tour de surveillance centrale permettant de surveiller en même temps tous les couloirs. C’est à Bonne Nouvelle que seront installées les premières douches sur les prescriptions hygiénistes de François Merry DELABOST, médecin-chef à la prison et chirurgien à l’Hôtel Dieu. Très vite elle va être surpeuplée : aujourd’hui c’est un des établissements les plus vétustes de France.

Plus loin, nous abordons l’Enclos Saint-Yon par la rue des murs Saint-Yon  : Ce grand triangle délimité par la rue des murs Saint-Yon et la rue Saint-Julien s’appelait à la Renaissance le « clos des maisons cornues ».

Il a appartenu à différents notables à partir du XVIIème siècle, dont Eustache de Saint-Yon qui a acquis la propriété en 1605 et lui a laissé son nom.
En 1657, Guillaume Boivin, conseiller au parlement, en est propriétaire. En 1670, la propriété échoit à Madame la marquise Le TELLIER, veuve de LOUVOIS qui, sur la suggestion de Monseigneur Colbert archevêque de ROUEN, va mettre sa propriété à la disposition des Dames de Saint Amand pour qu’elles puissent venir se reposer à l’écart de la ville. Mais les religieuses vont abuser de la situation et en 1705, Mgr Colbert « siffle la fin de la récréation ».

rue des murs Saint Yon

La propriété devient vacante.
Au début du XVIIIème siècle, on se préoccupe de donner un peu d’éducation aux enfants pauvres : des écoles sont créées qui, à ROUEN, dépendent du bureau de charité de l’hospice général. Les échevins font appel à une jeune communauté religieuse créée par un prêtre originaire de REIMS qui s’est récemment installée à PARIS et dont deux frères font merveille à DARNETAL.

Jean-Baptiste de la Salle vient de fonder les frères des écoles chrétiennes : il s’appuie sur des méthodes modernes d’éducation des enfants, privilégiant le français, la lecture, l’écriture et le calcul… Le succès est rapide auprès de la population à Reims puis à Paris et dans différentes villes de France. Avec le succès arrive rapidement la jalousie des congrégations traditionnelles dans la capitale. L’Abbé de La Salle va venir s’installer à ROUEN et bénéficier de la protection de Mgr Colbert ainsi que de la marquise de LOUVOIS dont il loue la propriété devenue vacante.

Saint-Yon va devenir la maison-mère de la congrégation. A l’origine, 10 frères s’établissent mais très vite JB De La Salle et sa congrégation vont créer un noviciat, une école, une pension libre pour les familles aisées et un institut de redressement par le travail : Dix ans plus tard, Il y a environ 60 novices.
JB De La Salle a maintenant la protection de Madame De Maintenon à Paris, il a donc les garanties du Roi et peut développer le noviciat : école, pension, institut de redressement.

En 1718, les frères peuvent acheter le domaine. En 1719, JB De La Salle meurt et sera enterré à l’église Saint-Sever. En 1734, sa dépouille est ramenée à la chapelle qui vient d’être édifiée au sein de la propriété. Par la suite, la dépouille de l’abbé va beaucoup voyager : après la profanation de la tombe à la révolution, les restes exhumés de la fosse commune au milieu du XIXème siècle transiteront par la rue Saint-Lô, l’église Saint-Gervais, avant la Belgique pour revenir à Rome après la canonisation de Jean-Baptiste de la Salle en 1934.

Continuant par la rue Louis POTERAT, nous évoquons la Faïence rouennaise. Elle apparait au XVIème siècle avec Masseot ABASQUENE et va se développer au XVIIème siècle avec le privilège accordé à Edmé POTERAT, qui lance le célèbre décor bleu. Au début, il est limité à la périphérie des objets puis il s’étend vers le centre. Son fils, Louis POTERAT, développe l’activité et crée sa propre fabrique. Ses ateliers étaient dans cette rue. Le quartier comptera jusqu’à 22 ateliers.

Nous poursuivons notre chemin jusqu’à la place Saint Clément où nous admirons la fontaine et la statue de Jean Baptiste de La Salle.

La vasque - bassin mesure 47 mètres de circonférence. La statue de bronze représente JB de la Salle et deux enfants, un petit et un grand, à qui il donne l’enseignement. Elle mesure 3,80 m ; l’enfant debout à sa gauche, 2,50 m ; celui qui lit à ses pieds, 1,40 m. Le groupe pèse 3 200 kilos.

Et la hauteur totale de l’œuvre est de 12,40 m. En dessous, aux quatre angles du socle, quatre enfants debout symbolisent les élèves des quatre parties du monde où s’étend le rayonnement de la congrégation. Chaque enfant représente une matière enseignée : la prière, la lecture, le calcul et l’écriture.

Le socle porte les armes de la famille de La Salle, de l’Institut des Frères, de la ville de Reims et les armes de la ville de Rouen.

Sur le marbre, on lit une inscription qui s’efface : « Saint Jean-Baptiste De la Salle fondateur des écoles chrétiennes né à Reims le 30 avril 1651 et mort à Rouen le 7 avril 1719 ».

En continuant par la rue Saint Julien, nous évoquons la révolution de 1789 et le refus des frères de prêter le serment civique. Le domaine est confisqué. Pendant 20 ans, il va être successivement arsenal, prison, caserne, dépôt de mendicité et se dégrader rapidement.…

En 1820, le domaine va trouver une nouvelle affectation. À la suite de l’ordonnance royale du 12 janvier 1820 prescrivant la création d’établissements destinés à accueillir les aliénés, l’État va payer sa dette au département de Seine-Inférieure en lui transférant la propriété du domaine.

Les travaux de l’hospice d’aliénés Saint-Yon seront achevés dix ans plus tard en 1830, mais la population est déjà de 650 malades pour une capacité de 450… Il faut déjà songer à agrandir ! En 1850, on aménage une annexe aux « Quatre-Mares », a la limite de SOTTEVILLE et de SAINT-ETIENNE du ROUVRAY, qui sera elle-même très rapidement débordée.
Dix ans après la fin de la guerre de 1870, on décide de construire un établissement unique sur 37 hectares aux Quatre Mares. Tous les malades y seront transférés en 1889. Ils emportèrent avec eux le nom de leur ancienne demeure, l’asile de SAINT-YON. C’est encore aujourd’hui le surnom local du Centre Hospitalier Spécialisé du Rouvray.

1879 : l’enclos Saint-Yon est de nouveau vacant, mais pas pour longtemps. Le Conseil Général qui avait anticipé dès 1821 la loi sur l’enseignement primaire obligatoire du 28 mars 1882 va y créer la nouvelle école normale primaire d’instituteurs pour former ses « hussards noirs de la République ».

En 18 mois, Lucien LEFORT architecte départemental va mener à bien les travaux. Sans cahier des charges puisque précurseur, il sera discrètement conseillé par… les frères des écoles chrétiennes qui s’étaient repliés rue Saint-Lô !

Derrière le bâtiment d’honneur célébrant les glorieuses lumières laïques et comportant une majestueuse bibliothèque, le cœur de l’école est organisé autour d’un atrium central ceint de 2 étages s’ouvrant sur des coursives retenues par des colonnes de fonte et desservis par des escaliers métalliques : le tout sous une verrière mobile. Seule subsiste de l’époque monastique la chapelle adjacente désacralisée qui devient la salle des travaux manuels.

Sur la façade, on retrouve le nom des grands hommes

et, en tête de chaînages, les initiales SI entremêlées, non pour Saint-Yon mais pour… Seine-Inférieure.

En 1963, l’école normale déménagera à MONT-SAINT-AIGNAN. En 2004, la Région Haute-Normandie rachètera les bâtiments qui seront réhabilités pour abriter le pôle régional des savoirs en 2011.

Nous remercions chaleureusement François pour cette passionnante page d’Histoire.