Le marais Vernier _ 16 mai 2019


Rendez vous à 10h (prévoir pique nique)

Randonnée patrimoines : « Découverte du Marais Vernier »

Nous étions 14 au rendez vous sur la place du village pour partir à la découverte du marais Vernier qui occupe aujourd’hui un ancien méandre de la Seine : 15 km de randonnée.

Pour comprendre le village, il faut comprendre son paysage.
- Aux pieds d’un amphithéâtre de coteaux boisés, sur les premières pentes protégées des inondations, se développe un habitat en forme de village rue : les maisons à colombages et soubassement de silex sont entourées de verger.
- Au dessous, au bord même du marais, les Courtils : longues parcelles étroites et perpendiculaires à l’axe du village, longtemps consacrées à l’hortillonnage.
- Enfin, sur les terrains plus bas, se perpétue la gestion communautaire dont l’événement phare chaque année au 1er mai est l’étampage : c’est le marquage des bovins avant leur entrée dans le marais communal.

Nous quittons le village par le chemin du Roy pour parcourir l’itinéraire découverte du marais. On atteint la ferme dite « le château » qui est appelée ainsi car elle a été construite à la fin du XVIIIe siècle à l’emplacement d’un château fort. Ensuite, on pénètre alors dans le cœur du marais en empruntant la digue des Hollandais.

C’est Henri IV qui décrète l’assèchement du marais : la charge est confiée à l’ingénieur hollandais Humfred Bradley. En 1617, la digue dite des Hollandais ainsi que le canal Saint Martin sont construits. Le marais sera asséché pour permettre les cultures et élevages.

Ce ne sera qu’au XIXe siècle que le marais sera agrandi au nord, vers la Seine. Le marais asséché a connu un appauvrissement tragique de son patrimoine naturel, rendant l’activité agricole plus difficile. Par chance, depuis 50 ans, la prise de conscience de la valeur du marais Vernier et de sa dégradation a donné lieu à de multiples interventions en faveur de sa protection. Ainsi en 1956, le conseil supérieur de la chasse classe le site en réserve de chasse et de faune sauvage. Et en 1974, le marais Vernier est inclus au parc naturel régional de Brotonne (aujourd’hui Parc Régional des boucles de la seine Normande). En outre, des travaux d’aménagement sont effectués pour améliorer le paysage. Certains réseaux aériens sont démantelés.

Les bois se situent sur le haut de la pente et protègent les vergers de l’érosion. Au niveau de la route proprement dite, se succèdent pâturages et zones céréalières. Les aulnes et les arbres typiques du marais sont aussi appelés « vernes » d’où le nom de « Marais Vernier ».

Depuis plus de six siècles, les arbres du marais Vernier (saules, frênes, peupliers ou tilleuls) servent à produire du bois de chauffage. Ils s’appellent « têtards » parce qu’ils étaient étêtés. La coupe se faisait alors à « hauteur d’homme dans une charrette ». Le cœur de l’arbre se creuse peu à peu et se rempli de terreau, devenant ainsi un support pour des plantes et un abri pour les insectes (le carabe granuleux ou pique prune, les chauves souris, les rouges queues à front blanc ou la chouette chevêche). Les alignements d’arbres têtards délimitaient les parcelles du marais lorsque la Seine n’était pas encore endiguée et que ses crues détruisaient les clôtures. Ces arbres jouent également un rôle de régulateur de l’équilibre naturel.

Nous longeons ensuite le fossé de ceinture et c’est par l’allée violette

que nous regagnons notre point de départ près de l’église Saint Laurent, consacrée en 1129 : le chœur et le chevet romans subsistent encore aujourd’hui. L’église a subi des modifications au XVe et XVIe siècle.

Avant de nous restaurer de notre pique nique, Alain, notre botaniste du jour, nous présente les différentes plantes qu’il a cueillies au cours de cette balade découverte.

Nous partons maintenant sur les hauteurs du coteau pour le petit village de Bouquelon. L’église Saint Ouen a été reconstruite aux XIIIe et XIVe siècles.

De là, on peut profiter d’un magnifique panorama sur l’ensemble du marais : les courtils prennent leur aspect le plus caractéristique en forme de longues lanières bordées de fossés plantés (saules et têtards) et divisées dans leur longueurs par les héritages successifs.

Après le village de Bouquelon, nous redescendons vers le marais par un long chemin creux, très ombragé, qui offre de temps en temps des vues magnifiques. On retrouve enfin le chemin du Roy bordé par des chaumières, habitations typiques de la région : autrefois pour la plupart des petites fermettes, aujourd’hui beaucoup d’entre elles sont transformées en résidences principales ou en charmantes maisons de campagne. Elles n’ont bien sûr rien à voir avec l’habitat humble et rustique d’autrefois.

Enfumées et sombres, elles étaient alors pour les gens de la ville, le comble de l’inconfort et l’insalubrité.

De plain-pied, basses de plafond, étroites, tout en longueur, les chaumières du marais Vernier aux pièces traversantes n’ont jamais de couloir. Si le bâti peut atteindre 30 mètres de long, la largeur ne dépasse jamais 5 mètres.
Les huisseries sont traditionnellement petites, parfois inexistante sur la façade nord. Le jour se faufile à grand-peine par les portes vitrées, seules ouvertures digne de ce nom.
Les iris installés en haut des toits de chaume ne sont pas là seulement pour faire « joli » mais pour entretenir l’humidité. A la jonction du chaume, les tiges de roseau sont rabattues et liées entre elles. Puis une épaisse couche d’argile coiffe le sommet. Ce faîtage sera planté d’iris, dont les rhizomes maintiendront la terre et assureront le taux d’humidité voulu.

Notre chemin longe les habitations biens alignées sur notre droite.

Dans le marais on se méfie des horsains, même encore aujourd’hui. Au bal du 14 juillet, les femmes avaient interdiction de danser avec les hommes des villages voisins. Les uns et les autres vivaient à l’écart, cultivant la terre. Là-haut sur le plateau on y allait par nécessité pour vendre les récoltes, là-bas c’était déjà l’étranger. Les habitants du marais ont toujours été rétifs à toute forme d’autorité venue de l’extérieur. Ils ont mené la vie dure aux seigneurs que les rois tentaient de leur imposer. De guerre lasse sans doute, la gestion socialiste des terrains a été légalement actée par Napoléon 1er. Elle reste en vigueur aujourd’hui. Lorsque les grandes parcelles communales sont louées par les pâtures, le produit de la location est redistribué aux habitants du marais.

Nous retrouvons bientôt notre point de départ au centre du village de Marais Vernier, pour quitter ce monde bien à part dans notre Normandie, mais nous y reviendrons car il y encore beaucoup d’autres découvertes qui nous attendent.

Documentations et textes : Au fils de la Normandie (N°21) – Pays de Normandie (N°27) – Parc Naturel des boubles de la Seine Normande – Office de tourisme du canton de Quillebeuf)