Rue Eau de Robec _ 22 novembre 2018


Rendez vous à 14h

Visite découverte : En remontant la rue Eau de Robec.

C’est devant l’église Saint Maclou que nous nous sommes retrouvés pour évoquer le cours du Robec au temps où il coulait intra muros. Le Robec prend sa source à Fontaine sous Préaux, à une dizaine de kilomètres de Rouen. Initialement, il mêlait ses eaux avec celles de l’Aubette à Darnétal. Les deux rivières coulaient dans la vallée puis traversaient un marais (Le Malpalu) pour finir leurs cours dans la Seine. Au XIIe siècle, sous le règne du duc de Normandie Richard II, le Robec a été séparé de l’Aubette : on a ainsi creusé un canal à flanc de coteau de Darnétal jusqu’aux pieds des remparts de Rouen (place actuelle du lieutenant Aubert). Puis la rivière, après avoir effectué un virage à 90°, suivait les remparts de la ville jusqu’à la Seine. Ce dispositif permettait d’utiliser l’énergie hydraulique afin d’alimenter les moulins à céréales.

De nombreux artisans qui utilisaient l’eau pour exercer leurs métiers vinrent s’établir en bordure de la rivière. Puis l’industrie textile et le port de Rouen se développant, la population rouennaise augmenta considérablement : il fallut à plusieurs reprises agrandir la ville et repousser les remparts, en particulier à l’est, si bien que le Robec se retrouva intra muros. Ce fut un gros avantage en cas de siège, les moulins pouvant continuer à fournir la farine pour la confection du pain, nourriture principale des habitants du Moyen Âge.

Si le Robec, devenu un égout à ciel ouvert, a été détourné au niveau de la place Saint Hilaire en 1939, on peut encore voir aujourd’hui, en remontant son ancien cours, de nombreux témoignages du temps où la rivière coulait en ville. Il ne reste rien de la dizaine de moulins qui fonctionnaient entre la place Barthélémy et la Seine, mais par la rue Damiette, on atteint la rue des petits moulins dans laquelle on peut encore voir le grenier du Grand Moulin de la ville ainsi que l’arbre de la roue de l’ancien moulin. En remontant cette petite rue on distingue très bien le lit de la rivière qui nous mène jusqu’à la place du lieutenant Aubert, autrefois place des ponts de Robec : on ne peut pas s’empêcher de faire un passage dans la petite rue étroite du Petit Mouton où une magnifique maison à pans de bois de la fin du XIVe siècle qui, au temps où c’était encore un hôtel, a accueilli Simone de Beauvoir lorsqu’elle exerçait à Rouen.

On revient sur la place et, de là, on imagine le virage à angle droit qui nous amène dans la rue Eau de Robec.

Une rue étonnant qui fut le domaine des teinturiers : les greniers à étentes sont encore visibles aujourd’hui.

Ces dispositifs permettaient de faire sécher les pièces de toiles sur des grandes perches et de les rentrer à l’abri en cas de temps pluvieux.

Les maisons ont ici une histoire : là une ancienne boucherie reconnaissable à la hauteur de ses impostes,

plus loin « le son du cor », un bar reconstruit qui a remplacé une vielle bâtisse que l’on pouvait encore admirer avant la seconde guerre mondiale. Une surprenante façade est ornée d’un cheval quittant une forêt et se dirigeant vers une ville :

cela rappelle l’aventure qu’a subi le propriétaire de la demeure, un drapier, qui était allé vendre ses marchandises à Elbeuf et qui a été attaqué par des brigands en forêt du Rouvray. Il a été retrouvé grâce à son cheval revenu seul à son écurie. La façade rend encore hommage à cet animal qui a sauvé son maître.

On pénètre maintenant dans une ancienne cour, baptisée aujourd’hui impasse de la petite horloge, où il faut être très perspicace pour repérer les trois puits.

Le carrefour des rues du Pont de l’Arquet et du Ruissel est un lieu historique où, les 27 et 28 avril 1848, les insurgés menèrent combat contre les forces de l’ordre. Les combats sont violants, les pierres et les pavés volent en l’air. Ici se tenaient les marchandes de légumes des quatre saisons et de poissons. Un peu plus loin, on trouve la rue de la foulerie : c’est dans cette rue qu’était entreposée la terre à foulon qui était utilisée pour le nettoyage des draps.

Mais il faut se retourner pour admirer la plus belle maison du quartier et se pencher sur sa passionnante histoire « La maison des quatre frères Aymon », une maison de teinturiers, construite vers 1470/1480.

Son nom nous rappelle la légende de ces quatre frères écuyers à la cour de Charlemagne qui, suite à un crime à la cour du roi pour lequel ils étaient accusés, dûrent fuir sur le cheval « Bayard » qui était si grand qu’il pouvait les porter tous les quatre. Jusqu’à la moitié du XIXe siècle, les teinturiers se succèdent : les plus anciens propriétaires connus de 1713 à 1742 sont les sieurs Pavie, une dynastie qui vit sur le Robec depuis plus d’un siècle. Au XVIIIe siècle, plusieurs propriétaires se succèdent : souvent les locaux sont loués à des commerçants ou à des drapiers. Après 1842, Monsieur Lattelais, propriétaire, la loue à des particuliers.

Le quartier après avoir été pendant des siècles le témoin de l’activité des toiliers, foulons et autres teinturiers, se voit de plus en plus délaissé en cette première moitié du XIXe siècle au profit du quartier Saint Gervais. C’est la déchéance progressive des belles constructions de bois, cloisonnées en petits logements et en garnis où se retrouvent les gens modestes, les petits artisans du meuble, les dockers, chômeurs et étudiants désargentés. Désormais la vie des quatre frères Aymon va se couler et se confondre toute entière avec celle des milieux populaires de ce quartier Saint Vivien et de l’Eau de Robec.

Le 13 février 1873, Edouard Alphonse Lecanu acquière l’immeuble et va créer la « salle des mariages » : la maison change ainsi de nom pour la première fois depuis le XVIIIe siècle et les appartements des « Quatre Frères Aymon » sont réunis sous un seul propriétaire. Un estaminet va être créé au rez-de-chaussée : la maison Lecanu est un endroit où on s’alcoolise en masse, les senteurs de l’eau de vie se mélangent à celles du poisson. C’est là que se réunissent les marchandes et marchands de marée. La maison est devenue à son étage un garni où on peut passer la nuit. A l’arrière du café, une grande salle accueillait des convives qui, bien souvent, venaient se rassasier d’une unique soupe : on baptisa cette pièce « La Salle des Mariages » compte tenu des nombreux mariages éphémères qui s’y pratiquaient.

A la mort du dernier cafetier, l’immeuble est mis en vente à usage commercial et d’habitation. La maison restera très longtemps inhabitée et squattée, se ruinant au fil du temps. Le passionné des vieux quartiers Daniel Lavallée attire l’attention de la ville par un article sur « La Maison des Mariages ». La ville acquiert les immeubles en 1960, ils seront classés en 1961 monuments historiques. Puis on marque le pas, la ville rétrocède le bâtiment à l’Office publique d’HLM.

Mais pendant ce temps, la maison se dégrade. Les clochards et les pilleurs d’épaves s’y installent et s’y donnent à cœur joie. C’est finalement en 1981, que le défi est relevé par l’éducation nationale et va y ouvrir le musée de l’éducation.

C’est par la visite de ce musée que nous allons conclure cette promenade, un merveilleux endroit où l’on peut observer une quantité d’objets liés à l’histoire de l’éducation et où une ancienne classe est reconstituée.

Nous avons profité de notre passage au musée pour admirer une excellente visite guidée de l’exposition temporaire en cours sur les « Belles Plantes » du docteur Auzoux.

Le musée conserve de magnifiques plantes en papier mâché réalisées au XIXe siècle par les établissements Auzoux. Agrandies plus de dix fois et démontables en plusieurs parties, ces fleurs, graines et plantes étaient et sont toujours de formidables outils de découverte du monde végétal.

Nous voyageons au cœur des plantes dans une exposition qui mêle botanique, anecdotes historiques et symboliques, fabrication et diffusion pédagogique.

Voilà encore une bien belle balade culturelle organisée par notre association.

Sources : MUNAE (Brochure exposition)

« La maison des quatre fils Aymon sur l’Eau de Robec »
Lucien-Henri Delsalle – Rouen Lecture Normandie 2002